Les candidats de Duplessis face au chômage
À l’approche des élections provinciales, nous avons voulu savoir comment les différents candidats de la circonscription de Duplessis se positionnent face aux problèmes récurrents touchant les travailleurs saisonniers de leur région. Nous avons posé 5 questions pour savoir si les 3 candidat.e.s en lice reconnaissent la situation des travailleurs(euses) de l’industrie saisonnière régionale comme un enjeu aussi provincial que fédéral, et s’ils sont prêts à intervenir politiquement et à exercer des pressions soutenues afin d’obtenir des changements structurels.

Bien que l’assurance-emploi relève officiellement de la compétence fédérale, ses lacunes structurelles entraînent des répercussions directes, concrètes et durables sur les responsabilités du Québec. Ces impacts touchent notamment les domaines du développement régional, de la lutte à la pauvreté, de la santé, du logement, de l’emploi et de la rétention de la main-d’œuvre. Sur la Côte-Nord, région dont l’économie repose largement sur le travail saisonnier, l’inadéquation du régime d’assurance emploi constitue un enjeu structurel qui fragilise les communautés, accroît la précarité et transfère une part importante des coûts sociaux vers les programmes provinciaux.

Q1 : Vous considérez-vous comme bien informé(e) des enjeux reliés au régime de l’assurance-emploi, particulièrement en ce qui concerne les travailleurs(euses) de l’industrie saisonnière?
Kateri Champagne Jourdain, candidate de Coalition Avenir Québec : Je me considère comme bien informée des enjeux liés au régime de l’assurance-emploi, particulièrement en ce qui concerne les travailleuses et travailleurs de l’industrie saisonnière.
La réalité de la Côte-Nord est particulière. Plusieurs secteurs importants de notre économie sont tributaires du caractère saisonnier de l’activité économique. Lorsque la saison se termine, les travailleuses et travailleurs doivent composer avec une période où les emplois disponibles sont moins nombreux, alors que leurs obligations financières demeurent.
Je suis particulièrement sensible à la problématique du « trou noir » de l’assurance-emploi, qui peut laisser des travailleurs sans revenu entre la fin de leurs prestations et le début de leur prochaine saison de travail.
Je crois qu’il est essentiel que les règles de l’assurance-emploi tiennent davantage compte des réalités régionales et de la réalité du travail saisonnier. Il faut être à l’écoute des travailleurs et des organismes qui les représentent afin de travailler à des solutions durables et équitables.
Meggie Richard, candidate du Parti Québécois : Je me considère bien informée des enjeux liés au régime de l’assurance-emploi, particulièrement en ce qui concerne les travailleurs et travailleuses de l’industrie saisonnière. Étant moi-même issue d’un milieu où plusieurs de mes concitoyens occupent des emplois saisonniers, je suis bien consciente de l’importance que représente l’assurance-emploi pour ces travailleurs, leurs familles et nos communautés.
Alexandre Deschênes, candidat du Parti Marxiste-Léniniste du Québec : Sans connaître tous les rouages de l'assurance-emploi, mon travail auprès des personnes en situation d'itinérance m'a permis de bien comprendre les impacts de la précarité et les difficultés que peut vivre une personne lorsqu'elle perd son emploi. Une chose est certaine : l'assurance-emploi n'assure en rien le respect du droit au travail. Le taux de prestation de 55 % du salaire est déjà largement insuffisant pour vivre aujourd'hui, et le plafond des prestations hebdomadaires à 729 $ par semaine est intenable — limite pour une personne seule, invivable pour une famille.
Le trou noir financier que vivent les travailleurs saisonniers est d'une violence sans nom. Ce sont des travailleurs au même titre que ceux qui produisent à l'année, et leur travail est essentiel. Agriculture, construction, pêche, foresterie... comment une Nation peut-elle vivre, voire survivre, sans les producteurs du secteur primaire? Une attaque contre les droits des travailleurs et travailleuses actuellement en chômage ou sans emploi est une attaque contre l'ensemble de ceux et celles qui tiennent le Québec à bout de bras.

Q 2 : Quel que soit le parti auquel vous appartenez, seriez-vous prêt(e) à appuyer les efforts d’Action-Chômage Côte-Nord et de divers autres organismes dans votre circonscription, en vue d’obtenir une refonte du régime d’assurance-emploi qui soit plus favorable aux travailleurs de l’industrie saisonnière?
Meggie Richard : Si je suis élue à titre de députée de Duplessis, je m’engage à représenter et à défendre l’ensemble des travailleurs et travailleuses de mon territoire, notamment ceux et celles qui vivent les réalités propres au travail saisonnier. C’est pourquoi je travaillerais en collaboration avec la députée du Bloc Québécois dans la circonscription de Côte-Nord—Kawawachikamach—Nitassinan pour que le gouvernement fédéral soit au fait de nos besoins.
Alexandre Deschênes : Le Parti Marxiste-Léniniste du Québec soutient l'ensemble des efforts de chaque section de travailleurs et travailleuses qui luttent pour la pleine reconnaissance de leurs droits fondamentaux. Des organismes comme Action-Côte-Nord sont aux premières lignes de cette lutte, et nous serons toujours à vos côtés pour vos justes revendications. Ce n'est pas à un gouvernement par et pour les riches de décider de notre avenir, ni de notre présent : c'est à celles et ceux qui constituent la Nation de déterminer la direction de l'économie et de décider ce qui est bon pour nous. La Côte-Nord regorge de richesses, et pourtant nous n'y avons pas accès. Alors oui, vous trouverez en nous un allié indéfectible!
Kateri Champagne-Jourdain: Oui. Je suis prête à appuyer les efforts d’Action-Chômage Côte-Nord et des autres organismes qui travaillent à améliorer le régime d’assurance-emploi pour les travailleuses et travailleurs de l’industrie saisonnière.
Je crois que la réalité des régions comme la Côte-Nord doit être entendue. Le travail saisonnier fait partie intégrante de notre économie régionale et les personnes qui occupent ces emplois ne devraient pas être pénalisées en raison du caractère saisonnier de leur travail.
Même si le régime d’assurance-emploi relève du gouvernement fédéral, je considère que les élus du Québec ont un rôle important à jouer pour faire entendre les réalités de nos régions et pour collaborer avec les organismes qui défendent les droits des travailleurs

Q3 : Seriez-vous prêt(e) à entreprendre des démarches auprès du (de la) ministre du Travail du Québec pour qu’il(elle) exerce des pressions auprès du ministère de l’Emploi et du Développement social du Canada en vue d’un abaissement du seuil d’emploi assurable pour les travailleurs saisonniers?
Meggie Richard : Je suis prête à travailler avec le gouvernement du Québec afin de faire valoir les intérêts de la Côte-Nord, dans le respect des champs de compétence de chacun. Je compte également collaborer avec Marilène Gill afin que les préoccupations des travailleurs et travailleuses saisonniers de notre région soient entendues et défendues auprès du gouvernement fédéral.
Kateri Champagne-Jourdain : Oui, je suis prête à entreprendre des démarches auprès du ministre des relations canadiennes, responsable des ententes avec le gouvernement fédéral et auprès du ministre de l’Emploi et de la solidarité sociale, responsable des services complémentaires des prestataires d’assurance-emploi au Québec.
Je suis consciente que le régime d’assurance-emploi relève du gouvernement fédéral et que le gouvernement du Québec ne peut pas, modifier les règles d’admissibilité ou les conditions du régime.
Cela dit, je considère que le gouvernement du Québec a un rôle important à jouer pour faire valoir auprès du gouvernement fédéral la réalité particulière des travailleuses et travailleurs saisonniers de nos régions.
Je serais donc prête à entreprendre des démarches auprès des ministres concernés afin qu’ils portent cette préoccupation auprès du gouvernement fédéral et qu’ils demandent un abaissement du seuil d’emploi assurable pour les travailleurs saisonniers.
Il ne s’agit pas de confondre les responsabilités des deux paliers de gouvernement, mais plutôt de faire en sorte que le gouvernement du Québec utilise sa capacité de représentation pour défendre les réalités de la Côte-Nord auprès d’Ottawa.
Alexandre Deschênes : Bien entendu. Nous sommes d'avis que les organismes qui œuvrent sur le terrain, auprès des personnes concernées, sont les mieux placés pour déterminer les actions à prendre pour mettre fin aux injustices sociales. Nous appuierons et mettrons de l'avant toute demande, toute revendication qui met l'humain au centre des décisions.

Q 4 : Appuyez-vous les quatre principales revendications d’Action-Chômage Côte-Nord?
Élimination du calcul selon le taux de chômage
Norme universelle de 420 heures de travail ou 12 semaines de 15 heures
Taux de prestation de 70% sur les 12 meilleures semaines
35 semaines de prestations pour tous
Alexandre Deschênes : Nous appuyons sans réserve les demandes proposées — et nous irions même plus loin. Nous vous encourageons à poursuivre votre lutte sans vous satisfaire du minimum qui pourrait être offert lors de futures négociations, et à défendre ce qui vous semble juste. C'est l'ensemble des travailleurs et travailleuses qui en sortira gagnant. Votre organisation est un exemple de personnes qui refusent qu'un gouvernement décide à leur place de ce qui est bon pour elles. Chapeau!
Meggie Richard : Comme mentionné précédemment, je suis particulièrement sensible à la réalité des travailleurs et travailleuses saisonniers qui doivent composer avec le « trou noir » de l’assurance-emploi.
Bien que le Québec n’ait pas compétence sur le régime d’assurance-emploi, je m’engage à appuyer les démarches visant à mieux répondre aux réalités des travailleurs saisonniers et à défendre les intérêts des gens de la Côte-Nord auprès des instances concernées.
Kateri Champagne-Jourdain : Je considère que ces revendications répondent à des enjeux réels vécus par les travailleuses et travailleurs saisonniers de la Côte-Nord.
Le régime d’assurance-emploi doit offrir un filet de sécurité qui tient compte de la réalité des personnes dont le travail est nécessairement concentré à certaines périodes de l’année.
Je suis également favorable à ce que les mesures permanentes soient privilégiées plutôt que de dépendre continuellement de mesures temporaires.

Q 5 : Seriez-vous prêt à devenir membre d’Action-Chômage Côte-Nord?
Kateri Champagne-Jourdain : Non, je ne deviendrais pas membre de l’organisme. Toutefois, ce choix ne signifie aucunement que je ne soutiens pas sa mission ou son travail.
Je reconnais pleinement l’importance du travail réalisé par Action-Chômage Côte-Nord pour défendre les droits des travailleuses et travailleurs sans emploi et pour faire connaître les enjeux particuliers liés à l’assurance-emploi dans notre région. Nous avons d’ailleurs déjà démontré notre appui concret à la mission de l’organisme en le soutenant financièrement dans le cadre du soutien à l’action bénévole.
Je considère donc qu’il est important de distinguer l’adhésion comme membre de l’appui à la mission. Même si je ne deviens pas membre, je demeure favorable au travail de défense des droits effectué par Action-Chômage Côte-Nord et à ses démarches visant à améliorer les conditions des travailleuses et travailleurs de la Côte-Nord.
Alexandre Deschênes : Je suis travailleur communautaire et j'œuvre auprès des personnes en situation d'itinérance. Je serai bien entendu prêt à devenir membre d'Action-Chômage Côte-Nord. Vous êtes un rempart qui, d'une certaine façon, empêche tout un pan de citoyens et citoyennes de tomber dans la rue. Nos luttes se recoupent : c'est un autre maillon du même filet social. Alors oui, devenir membre pour rester informé, mais aussi pour me joindre aux actions futures.
Meggie Richard :À titre de députée, je souhaite conserver mon indépendance à l’égard des différents organismes que je serai appelée à représenter et à accompagner. Cela ne change toutefois en rien mon engagement à demeurer à l’écoute d’Action-Chômage Côte-Nord, à appuyer ses démarches lorsque celles-ci rejoignent les intérêts des travailleurs et travailleuses de chez nous et à défendre leurs préoccupations.
Ces questions ont été soumises aux candidats le mardi 8 septembre et ils y ont répondu par écrit. Nous avons reproduit ici leurs réponses en intégralité. Merci à chaque candidat pour son écoute et ses réponses.




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